Vous voyez soudainement des éclairs lumineux dans votre champ de vision. Ou un voile sombre qui s’installe, comme si un rideau tombait devant votre oeil. Ces signes ne sont pas anodins. Le décollement de rétine est une urgence ophtalmologique qui peut conduire à la perte définitive de la vision si elle n’est pas prise en charge rapidement.
Comprendre ce qui se passe dans l’oeil, reconnaître les symptômes au bon moment et savoir comment réagir : voici ce qu’il faut retenir sur cette pathologie rare mais grave.
Qu’est-ce qu’un décollement de rétine ?
La rétine est une membrane fine qui tapisse le fond du globe oculaire. Elle contient des cellules qui reçoivent et analysent les signaux lumineux, puis transmettent l’information au cerveau via le nerf optique, qui reconstitue ensuite l’image.
Quand elle se décolle, la rétine – à l’état normal transparente et reposant sur l’épithélium pigmentaire au fond de l’oeil – devient blanchâtre, se désolidarise de son support et flotte dans la cavité vitréenne. Une rétine décollée est une rétine qui ne voit plus.
Concrètement, le décollement de rétine est dû à la présence d’une petite poche de liquide située sous la rétine, ce qui entraîne une perte immédiate de la vue dans la zone décollée. Et le mécanisme progresse si on n’intervient pas.
En France, combien de cas par an ? On estime que 6 700 cas de décollement de la rétine surviennent chaque année en France, soit environ 1 cas pour 10 000 personnes. Cette pathologie touche plus fréquemment les personnes âgées de plus de 50 ans.
Les causes du décollement de rétine
Il n’existe pas une seule cause, mais plusieurs mécanismes distincts. Pour bien comprendre les causes du décollement de rétine, il faut distinguer les trois grands types identifiés par les spécialistes.
Le décollement rhegmatogène : le plus fréquent
Le décollement rétinien rhegmatogène reste la plus fréquente des causes : cette lésion a pour origine une déchirure ou une brèche de la rétine (rhegma), permettant au vitré – le gel situé en arrière du cristallin – de glisser entre l’épithélium pigmentaire et le neuro-épithélium rétinien.
Le plus souvent, c’est le vieillissement naturel de l’oeil qui déclenche tout. Le corps vitré, qui tapisse la rétine, se déshydrate avec l’âge et se décolle. À cette occasion, il peut « arracher » un morceau de rétine et causer une déchirure. À ce stade, il n’y a pas encore de décollement constitué. Mais si rien n’est fait, profitant de la déhiscence rétinienne, le liquide intravitréen s’infiltre sous la rétine et la décolle progressivement.
Le décollement tractionnel
Le décollement de rétine tractionnel se produit lorsque le vitré se rétracte, en tirant la rétine vers l’intérieur de la cavité postérieure. Le risque est accru en cas d’adhérences fibreuses pré-rétiniennes entre le vitré et l’épithélium pigmentaire, présentes dans certaines rétinopathies comme le diabète sucré ou la drépanocytose.
Le décollement séreux (ou exsudatif)
Le décollement rétinien séreux traduit un phénomène inflammatoire, avec formation d’un transsudat séreux venant s’infiltrer dans l’espace sous-rétinien. Cette inflammation peut toucher aussi bien l’épithélium rétinien que l’uvée. C’est le moins fréquent des trois.
Qui est le plus à risque ?
Certains profils sont plus exposés que d’autres. Les principaux facteurs de risque sont :
- La myopie : plus elle est forte, plus le risque est élevé – l’oeil est plus allongé, donc la rétine plus fragile
- Le diabète : il peut endommager la rétine et favoriser une rétinopathie diabétique
- Les antécédents personnels ou familiaux de décollement de rétine
- Une chirurgie de la cataracte ou une autre intervention oculaire
- Un traumatisme oculaire : un choc direct sur l’oeil peut provoquer un décollement
- Des lésions préexistantes sur la rétine (zones de fragilité périphérique)
En revanche, ne sont pas des facteurs de risque : le stress, les émotions fortes, les frottements oculaires, les écrans, le port de charges lourdes ou les vaccins. C’est une idée reçue à déconstruire.
Les symptômes à connaître absolument
C’est là que ça devient vraiment important. L’oeil n’est ni douloureux, ni rouge. Les symptômes sont d’apparition brutale, le plus souvent unilatéraux. Aucune douleur, mais des signaux visuels bien spécifiques.
Signes d’alerte à ne pas ignorer :
- Apparition soudaine de mouches volantes ou corps flottants en nombre inhabituel
- Éclairs lumineux ou flashs répétitifs dans le champ de vision
- Sensation d’un voile sombre ou d’un rideau qui descend progressivement
- Vision floue ou embuée, lignes droites qui semblent déformées
- Baisse soudaine de l’acuité visuelle
L’apparition de flashs lumineux, de corps flottants ou d’un voile sombre dans le champ visuel doit faire consulter en urgence pour suspicion de décollement de rétine. L’acuité visuelle peut être conservée dans un premier temps. Lorsque le décollement progresse vers la macula, l’acuité visuelle s’effondre.
Et le temps joue vraiment contre vous. Le décollement survient sur un seul oeil, mais le risque d’atteinte de l’autre oeil est de 10 % dans un délai en général de moins de 3 ans.
Que faire face à ces signes ? La marche à suivre
Aucune ambiguïté sur ce point. Tout patient chez qui le diagnostic de décollement de la rétine est suspecté ou établi doit être vu en urgence par un ophtalmologiste.
La Sécurité sociale est très claire là-dessus. Sur ameli.fr, il est indiqué que la consultation chez un ophtalmologiste doit avoir lieu dans la journée si vous constatez la moindre baisse de vision d’un oeil dans une partie de votre champ de vision avec éventuellement la présence d’un voile noir. Cela signifie que le décollement de la rétine se constitue. Pour garantir la meilleure récupération visuelle, le décollement doit en effet être opéré dans les 24 à 48 heures suivant le diagnostic.
En cas d’éclairs ou de mouches volantes sans voile visible, la consultation peut avoir lieu dans les jours suivants – mais sans traîner. Ce peut être le signe d’une traction sur la rétine qui précède le décollement.
Le diagnostic : comment ça se passe ?
Le diagnostic est réalisé en consultation lors d’un fond d’oeil dilaté. Le spécialiste dilate la pupille de l’oeil avec des gouttes mydriatiques afin de faciliter l’observation et d’établir avec précision l’étendue des lésions.
Les deux yeux sont systématiquement examinés. Même si le décollement ne concerne qu’un seul oeil, le médecin analyse l’oeil sain pour y déceler des déchirures asymptomatiques ou des lésions qui pourraient prédisposer aux déchirures.
Le traitement : toujours chirurgical
Pas de médicament, pas de repos seul. Le traitement du décollement de rétine est dans tous les cas chirurgical et urgent. Le délai entre l’apparition du décollement et sa prise en charge chirurgicale est un facteur très important.
La vitrectomie : la technique la plus utilisée
La vitrectomie consiste à enlever le corps vitré responsable de la traction sur la rétine et à obtenir la cicatrisation des bords de la ou des déchirures par application de froid ou de laser. Du gaz ou de l’huile de silicone sont ensuite injectés dans l’oeil afin de maintenir la rétine à la paroi le temps de la cicatrisation.
L’indentation sclérale : une alternative externe
Dans certains cas, notamment pour les patients myopes forts et/ou jeunes, le décollement est traité par indentation sclérale. Le principe consiste à obturer la déchirure responsable du décollement par voie externe, sans introduire d’instruments chirurgicaux dans le globe oculaire.
Les résultats sont globalement très bons. Les taux de succès après une seule chirurgie sont proches de 90 %.
La convalescence après l’opération
La durée de convalescence pour un décollement de rétine est de 3 à 4 semaines. Après un traitement chirurgical, il est primordial de respecter les consignes du chirurgien. Il est par exemple fortement déconseillé de prendre l’avion ou de pratiquer des sports où un choc pourrait survenir au niveau des yeux.
La vision, après un traitement de décollement de rétine, se stabilise au bout de plusieurs mois et dépend de l’état dans lequel était l’oeil avant l’opération. Dans la grande majorité des cas, la vision revient normalement, mais il peut s’avérer que la récupération visuelle ne soit pas optimale.
Le message essentiel à retenir : plus la prise en charge est précoce, meilleures sont les chances de récupérer une vision correcte. Chaque heure compte vraiment quand la macula n’est pas encore touchée.
Peut-on prévenir un décollement de rétine ?
Pas toujours. Mais il existe des moyens concrets de réduire le risque, surtout quand on présente des facteurs prédisposants.
Un examen régulier par fond d’oeil permet d’identifier, dès leur création, les zones fragiles et les déchirures de la rétine, ainsi que les zones de léger décollement. Le laser traite ces lésions et crée une cicatrice adhésive de la rétine réduisant le risque de décollement.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. En cas de déchirure avec symptômes, le risque de survenue d’un décollement de rétine est de 30 à 40 %. Un traitement par laser peut réduire ce risque de 85 %.
Si vous êtes myope fort, diabétique, ou si vous avez des antécédents oculaires personnels ou familiaux, la surveillance régulière chez un ophtalmologiste n’est pas un luxe – c’est simplement la meilleure façon de garder un oeil sur sa santé visuelle, au sens propre du terme.
