On entend moins bien. Les conversations deviennent floues dans les restaurants. La télévision monte, toute seule semble-t-il. Et pourtant, il s’est passé longtemps avant de mettre un mot dessus.

Ce mot, c’est la presbyacousie. C’est la forme de perte auditive la plus courante en France, et elle concerne beaucoup plus de monde qu’on ne le pense. Comprendre ce qui se passe, c’est déjà la première étape pour agir.

Ce que la presbyacousie fait vraiment à l’oreille

La presbyacousie, c’est la baisse progressive de l’audition liée au vieillissement naturel de l’oreille. Elle affecte principalement les cellules ciliées de l’oreille interne, essentielles à la transformation des ondes sonores en signaux électriques. Avec le temps, ces cellules se détériorent et leur nombre diminue, sans être remplacées. Résultat : la capacité à percevoir les sons baisse, notamment pour les fréquences aiguës, cruciales pour comprendre la parole.

Le processus de dégradation commence bien avant que les symptômes ne deviennent visibles, souvent dès l’âge de 30 ans. Mais c’est généralement entre 45 et 50 ans que les premiers signes deviennent gênants, parfois signalés par l’entourage avant même que la personne s’en aperçoive.

Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène. Une étude de l’Inserm montre que 25 % de la population française est atteinte d’une forme de perte auditive. La presbyacousie en est la cause la plus courante : environ 65 % des plus de 65 ans et jusqu’à 85 % des plus de 85 ans en sont affectés.

Lorsqu’un appareillage devient nécessaire, une prothèse auditive adaptée, prescrite par un ORL et ajustée par un audioprothésiste, reste aujourd’hui la solution de référence pour compenser cette perte.

Les signes qui doivent alerter

La presbyacousie s’installe sans faire de bruit, c’est le cas de le dire. Elle s’installe progressivement. Au départ, ce sont les conversations en milieu bruyant qui posent problème et les sons aigus sont moins bien perçus que les sons graves. Les voix féminines ou enfantines, les chuchotements, certaines consonnes sifflantes comme le S, le CH ou le Z deviennent plus difficiles à percevoir.

Quelques signaux concrets à surveiller :

  • Besoin de monter régulièrement le son de la télévision
  • Difficultés à suivre une conversation dans un endroit animé
  • Impression que les autres « marmonnent » ou parlent trop vite
  • Demander souvent de répéter sans comprendre pourquoi
  • Gêne au téléphone, surtout dans les environnements bruyants

Ce qui rend la chose délicate, c’est que l’adaptation se fait progressivement. On ne remarque pas toujours les premiers signes d’une perte auditive, parce qu’on s’adapte au changement. L’entourage, souvent, le perçoit avant la personne concernée.

Des conséquences qui vont au-delà de l’audition

Une presbyacousie non compensée peut avoir des conséquences sévères : sur la qualité de vie, l’humeur, l’isolement social, mais aussi la santé cognitive. Des chercheurs indiquent que 9 % des maladies neurocognitives pourraient être évitées si le patient portait un appareil, la presbyacousie constituant l’un des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer.

À savoir : Une étude indique que 20 % des personnes âgées atteintes de troubles de l’audition souffrent de symptômes dépressifs. Ne pas prendre en charge une perte auditive, c’est donc exposer sa santé globale à des risques concrets.

Pourquoi consulter tôt change vraiment les choses

Seulement un tiers des personnes atteintes d’une perte auditive significative sont appareillées. Autrement dit, la majorité des personnes concernées ne font rien, souvent par déni, par méconnaissance ou par crainte du coût.

C’est là que le raisonnement mérite d’être inversé. Le port de l’appareillage dès les premiers signes représente la solution la plus efficace. Les prothèses auditives stimulent continuellement le système auditif, maintenant l’activité des voies nerveuses et freinant leur dégénérescence naturelle.

La Fondation pour l’audition rappelle qu’agir dès l’apparition des premiers signes est nécessaire, et que selon l’étude clinique ACHIEVE, l’appareillage auditif améliore les capacités de communication, la socialisation et réduit la solitude.

Selon un sondage Eurotrak, 96 % des personnes appareillées considèrent que leurs aides auditives améliorent leur qualité de vie au moins une partie du temps. C’est un chiffre qui dit beaucoup.

Du diagnostic à l’appareillage : comment ça se passe

Le parcours est plus simple qu’on ne l’imagine souvent. Il convient de commencer par son médecin traitant, qui évaluera la gêne auditive et recherchera des signes pouvant indiquer d’autres problèmes de santé.

Après l’obtention d’une ordonnance, on consulte un ORL qui réalise un bilan auditif complet. Ce médecin spécialiste définit la nature et le degré du trouble auditif, et prescrit si nécessaire un appareillage. L’étape suivante consiste à s’orienter vers un audioprothésiste.

Ce que prévoit la réglementation

L’audioprothésiste a l’obligation de présenter un devis dont au moins une offre est prise en charge intégralement dans le cadre du dispositif 100 % Santé. Une phase d’adaptation de 30 jours sans engagement est obligatoire, avec 3 à 4 rendez-vous. Un suivi doit également être proposé, d’au moins deux à trois fois par an.

Depuis 2021, le dispositif 100 % santé permet de s’équiper sans reste à charge pour certains modèles. Le coût ne doit donc plus être un frein à la prise en charge.

La presbyacousie n’est pas une fatalité. C’est une réalité progressive, qui se prend en charge – et plus tôt on agit, mieux le cerveau auditif s’adapte. Un bilan auditif reste la meilleure façon de savoir où on en est.

Vous pouvez également aimer :